Souffrance au travail des soignants

vendredi 26 avril 2019, par william

L’évolution des réformes hospitalières amène à une dénaturation de la fonction des établissements de santé qui deviennent des entreprises jugées sur la production de leur activité de soins et la performance économique obtenue par celle-ci.

Cette dénaturation fait des établissements de santé un réceptacle d’injonctions où les soignants sont confrontés à des paradoxes souvent difficiles à dénouer : performance économique vs qualité, cadre réglementaire et normatif vs personnalisation de la prise en charge, cloisonnement professionnel vs continuité de l’intervention auprès de patients, valeurs organisationnelles vs valeurs professionnelles.

Par ailleurs, elle engendre un processus de déqualification des métiers de soin, car il est de plus en plus demandé aux soignants de devenir des techniciens, des gens « efficaces », au regard non plus du travail sur l’humain, mais de la gestion des coûts de leur activité de soins. Quel est alors l’impact des mutations engendrées par les réformes hospitalières sur la santé au travail des soignants ?

Plus spécifiquement, quel lien existe-t-il entre les modes d’accompagnements managériaux de ces transformations et l’altération de la santé au travail des soignants ? Pour répondre à ces questions, nous nous appuyons sur le concept de souffrance au travail, avec pour clé de lecture la théorie de la conservation des ressources.

Notre recherche se positionne dans le paradigme compréhensif et la méthodologie retenue est qualitative. Le terrain d’étude choisi pour notre investigation est un établissement médico-social à caractère semi-public et notre échantillon de recherche se compose de 28 soignants (personnel infirmier et aide-soignant).

Les résultats de la recherche montrent que les réformes hospitalières épuisent aussi bien les ressources organisationnelles, qui aident les individus dans leur effort au travail et dans l’atteinte des objectifs du travail, que les ressources subjectives permettant à l’individu de se définir, impactant ainsi la santé des soignants dans la mesure où l’atteinte à la santé au travail trouve ses origines dans la perte potentielle ou effective des ressources subjectives.

Ils soutiennent également que la souffrance au travail est le fruit de déficits dans le rôle de l’encadrement de proximité, car les outils et logiques gestionnaires qui sont introduits dans les établissements de santé, amènent les directions et managers de proximité vers des préoccupations de plus en plus éloignées des difficultés de l’activité quotidienne de soins et de la nécessaire régulation locale que ces dernières imposent.

Plan
- Introduction
- 1. La souffrance au travail : une approche par les ressources
- 2. La souffrance au travail : une énigme à déchiffrer
- 3. Entre évolutions des réformes hospitalières et accompagnement managérial inopérant : le processus d’épuisement des ressources
- 3.1. L’appauvrissement des ressources organisationnelles
- 3.2. L’érosion des ressources subjectives
- 4. Ramener le management vers la régulation locale des activités
- 4.1 La pertinence d’une approche par les ressources
- 4.2. Le rôle du management dans le processus de construction de la souffrance au travail.

Référence électronique http://nrt.revues.org/1042

Fatéma Safy-Godineau, « La souffrance au travail des soignants : une analyse des conséquences délétères des outils de gestion », La nouvelle revue du travail