Hôpitaux : 30 infirmiers agressés chaque jour !

jeudi 9 mai 2019, par william

Selon l’Observatoire natio­nal des vio­len­ces en santé (ONVS), dans son rap­port 2018 sur les vio­len­ces en milieu hos­pi­ta­lier, 10.835 infirmiers ont été victimes d’agressions à l’hôpital (8569 femmes, 2266 hommes). C’est également le cas pour 2309 médecins.

La répartition en fonction du sexe montre le pourcentage très élevé de femmes victimes dans les deux catégories « infirmières » et « autres personnels soignants ». Le taux de féminisation, toutes spécialités et modes d’exercice confondus est de près de 45% pour les médecins, de près de 87 % pour les infirmières et de 89 % pour les aides-soignantes. Assez de souffrance infirmière !

En psychiatrie, l’augmentation des violences apparaît quand l’effectif est réduit car la surveillance y est amoindrie. Aux urgences, l’ONVS note une augmentation des violences en fin de journée, particulièrement le weekend avec des patients alcoolisés/ayant utilisé des produits stupéfiants.

L’ONVS a recensé 23 551 atteintes aux personnes et aux biens réparties ainsi :
- 18 996 atteintes aux personnes
- 4 555 atteintes aux biens
https://solidarites-sante.gouv.fr/I...

Dans son rapport 2014, l’ONVS avait comp­ta­bi­lisé 11.835 auteurs de vio­len­ces aux per­son­nes, avec 15 infirmiers agressés chaque jour : 4 ans après, ce nombre a doublé, avec 30 infirmiers agressés chaque jour !
https://www.syndicat-infirmier.com/...

Toutes victimes confondues, les atteintes aux personnes ont généré :
- 4 725 jours d’arrêt de travail sur 2 062 signalements mentionnant les arrêts de travail,
- 513 jours d’incapacité totale de travail (ITT) sur 1 614 signalements mentionnant l’ITT.

Le bilan social des établissements publics de santé sociaux et médico-sociaux mentionne que la 4e cause d’arrêt de travail rapportée par les établissements est due au contact avec un malade agité.
(Bilan social des établissements publics de santé sociaux et médico-sociaux, p. 79
http://solidarites-sante.gouv.fr/IM...)

Le rapport 2018 de l’Observatoire national des violences en milieu de santé
(ONVS) prend en compte les signalements effectués par les établissements de santé et les établissements sociaux et médico-sociaux du public et du privé sur la base du volontariat. Ainsi, 446 établissements ont déclaré 22.048 signalements.

La prévention et la lutte contre les violences et les incivilités ne sauraient se départir d’une approche associant nécessairement l’amélioration de la qualité de la vie au travail et, par contre coup, l’amélioration de la qualité des soins dispensés.

Il n’est pas admissible que des personnels de santé soient insultés et maltraités. En réaction, diverses options existent : attitude ferme, recadrage verbal, médical, psychologique, lettre de mise en garde, main courante, plainte aboutissant à une mesure alternative aux poursuites ou à une condamnation devant une juridiction pénale et au paiement de dommages-intérêts à la suite d’une constitution de partie civile.

D’où viennent les signalements ?

Les violences commises en raison d’une pathologie sont identifiées. En psychiatrie ou de gériatrie, cela relève plus de la prise en charge médicale que d’une prévention situationnelle (TPN : Trouble psychique ou neuropsychique) :
- 20% de psychiatrie (65% non TPN)
- 16% des urgences (+3%) (95% non TPN)
- 11% des EHPAD/USLD (59% non TPN)
- 8% des services de médecine et unités de soins ( 81% non TPN)

Seulement 1/3 des établissements publics et 4 % des structures privées font des déclarations. Il y a donc clairement une volonté de masquer les faits, pour préserver l’image de leur établissement.

Le même constat est fait pour les établissements médico-sociaux alors que les violences sont tout aussi présentes. Alors que 20% des signalements viennent de psychiatrie, peu sont faits en CMP alors que la 80% des patients de secteurs psychiatriques sont suivis en ambulatoire. Selon l’ONVS, l’isolement géographique apparaît comme un facteur anxiogène pour le personnel.

Quels types de violences ?

Les atteintes sont classés selon une échelle de gravité de 1 à 4 basée sur le code pénal. Cela va des injures aux violences avec armes, pour les atteintes aux personnes, et du vol sans effraction à l’incendie volontaire pour les atteintes aux biens. Il est à souligner qu’1/3 des violences ayant lieu en unités de soins sont physiques. Les violences volontaires vont de celles à mains nues (bousculade, gifle, coups de poings et de pieds) à celles avec armes.

Pour les atteintes aux personnes, on dénombre :
- 166 violences avec arme
- 11091 insultes
- 1126 menaces de mort
- 23 viols

Pour les atteintes aux biens :
- 2384 Vols avec/sans effraction
- 2354 dégradations
- 86 Incendies volontaires

Les motifs :
- Le reproche dans une prise en charge représente + de 50% des motifs d’atteintes contre 13% pour le temps d’attente et 12% pour l’alcoolisation.
- Le personnel subit les pressions afin d’obtenir satisfaction ou pour se plaindre d’une erreur.
- Dans les USLD et EHPAD, le personnel se retrouve aussi confronté à des conflits intrafamiliaux.
- Le manque de respect élémentaire, de savoir-vivre, et de compréhension de l’organisation (priorité selon la gravité) sont fortement ressentis aux urgences.

En psychiatrie, les avis sont partagés parmi les personnels. À côté de ceux qui accordent de toute façon une irresponsabilité pénale aux patients ou de ceux qui pensent que ça ne sert à rien de déposer plainte, d’autres expriment une peur réelle ou supposée de représailles s’ils déposent plainte, d’autres considèrent encore que c’est à partir du moment où le patient s’en prend à leur vie privée qu’ils seront fondés à déposer plainte pour se protéger (ex. : délire érotomaniaque, harcèlement du soignant…), voire protéger leur famille.

Les suites données : manque de soutien

Les signalements de violence par les établissements ont donné lieu à 2 050 plaintes et à 255 mains-courantes, dont seulement 510 plaintes et 66 mains courantes déposées par les établissements eux-mêmes !

Sur les 181 plaintes dont les décisions de justice sont connues, on compte :
-  29 condamnations à des peines d’emprisonnement dont 26 pour des atteintes aux personnes,
-  7 condamnations à des peines d’amende,
-  4 rappels à la loi.

Violence à l’hôpital : les attentes des professionnels

"La sécurité au travail doit être garantie à tous les personnels hospitaliers précise Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI CFE-CGC) Les directions d’établissements doivent tout mettre en œuvre pour sanctuariser l’hôpital. Elles sont responsables d’organiser les conditions d’un exercice professionnel serein."

Les salles d’attente des urgences sont par définition des lieux dans lesquels la tension peut vite monter et où des passages à l’acte (verbal ou physique) sont possibles. Il faut donc réfléchir avec le personnel à l’organisation matérielle des salles d’attente (circuit des patients et des accompagnants, téléviseurs, diffusion d’informations, indication des temps d’attente, etc.). Une affiche doit informer les usagers des conséquences d’un comportement déviant.

Les personnels, notamment féminins, mettent souvent en avant un sentiment d’insécurité lorsqu’ils prennent ou quittent leur poste : il faut donc travailler à l’organisation d’une présence de vigiles aux moments clés d’utilisation des parkings, à l’augmentation des zones de vidéosurveillance, etc.

Mais la mise en place de dispositifs d’alerte, qui peuvent s’avérer défectueux, ou de caméras de vidéosurveillance, même s’ils rassurent, ne peuvent pas régler à eux seuls le problème et sont alors un gadget comme un couvercle sur une marmite.

Les formations peuvent aussi donner des clés aux professionnels pour faire face aux violences verbales voire physiques pour se protéger et accompagner une désescalade. Cette compétence s’acquiert aussi avec la compagnonnage, la partage d’expérience entre professionnels, comme cela se fait en psychiatrie, pour pouvoir exercer son métier de soignant en toute autonomie et sécurité.

L’intensité de la violence ou sa fréquence use physiquement et psychologiquement les professionnels, d’où l’importance d’une forte cohésion d’équipe, d’un soutien psychologique, hiérarchique…

Beaucoup de professionnels connaissent peu ou mal la protection pénale dont ils bénéficient. La notion de perte de temps et de crainte du processus judiciaire sont amenées. Or une poursuite judiciaire est conseillée même dans le secteur de la santé mentale. En effet, la sanction pénale peut faire partie de la thérapie et redonne un cadre au patient.

Pour le SNPI, les personnels qui ont subi une agression caractérisée doivent déposer une plainte le plus rapidement possible auprès des autorités de police afin d’obtenir des poursuites par le procureur de la république. La direction doit également porter plainte, et adresser un courrier au procureur de la République pour marquer le soutien de l’établissement à la démarche engagée.

En effet, les évènements de violence signalés par les établissements ont donné lieu à trop peu de dépôts de plainte, du fait d’un manque d’implication des directions. Le SNPI vous incite à porter plainte, afin d’obtenir des condamnations :
- Agression au CHU de Nîmes : prison ferme
https://www.syndicat-infirmier.com/...
- Violences : huit mois de prison pour avoir frappé l’infirmière du CHU de Nantes
https://www.syndicat-infirmier.com/...
- Sarthe, il gifle l’infirmière des Urgences : 6 mois de prison ferme plus 4 mois avec sursis
https://www.syndicat-infirmier.com/...

A retenir : La présentation des bonnes pratiques, les éléments techniques (dont les « Fiches réflexes et Fiche points clés d’une politique de sécurité » ONVS/FHF/MACSF), les bonnes pratiques des établissements ou encore de la réglementation sont intégrés dans le Guide méthodologique de l’ONVS « La prévention des atteintes aux personnes et aux biens en milieu de santé ».
http://solidarites-sante.gouv.fr/IM...

Voir également :
- https://syndicat-infirmier.com/Vide...
- https://www.publicsenat.fr/article/...

En cas de problème :
- pensez à faire un signalement à l’Observatoire de la souffrance au travail (OSAT infirmier) sur le site https://souffrance-infirmiere.fr/
- vous pouvez également vous exprimer sur les réseaux sociaux avec #souffranceInfirmière ou https://twitter.com/SouffranceIDE